88

Un soir de septembre…

Je surf sur le net, sur un site de rencontre…

Et… en fait, je ne sais pas vraiment pourquoi je surf, car ça fait plusieurs RDV que je refuse… en ce moment, je me sens bien sans mec…

Ma dernière histoire d’amour remonte à 14 mois, j’ai des aventures sans lendemain, des copains dragueurs qui me flattent, des amis à l’écoute qui me réconforte si besoin, des amies proches qui me font rire…

Je suis une formation qui va déboucher sur un job qui me plait. Je me sens bien dans ma vie.

Je crois en l’amour, même si par le passé j’ai pleuré…  Après trois longues périodes de travail sur moi, j’ai analysé et compris pourquoi mes histoires ne se sont pas inscrites dans la durée…

Je suis consciente que j'ai encore du travail à faire... je sais que ce genre de travail dure toute une vie...

J'ai acquis une confiance en moi toute nouvelle par rapport à ce qu'elle était dans le passé, mais je dois bien l'avouer : dans certains  domaines, elle reste fragile

Et même si actuellement je vis parfaitement bien mon célibat, J’aspire à construire une relation amoureuse basé sur l’échange, le partage, la complicité, l’empathie et bien sur l’amour …

Aussi, quand le Prince-Pas-Charmant (ça sera son prénom) m’aborde via le site avec un texte trop bien tourné pour être de lui…    Je lui réponds que c’est une belle formule…

Et il enchaine sur une drague classique et polie s’appuyant sur les valeurs que j’avais mentionnées dans mon profil : « une relation respectueuse, sérieuse, durable, épanouissante, complice, espiègle et attentionnée »…

Nous n’avions pas échangé plus de trois phrases qu’il me demandait déjà si j’avais quelque chose de prévu le week end à venir…

[La particularité des "Prince-Pas-Charmant", c'est la rapidité... tout va vite, très vite, très très très vite... et il sait parfaitement "mener" la danse pour m'y entrainer (comme il y a entrainé celles d'avant)...]

comme j’ai répondu que je n’avais rien, il me rétorque que lui non plus… l’invitation était claire, mais je n’ai pas relevé, je n’aime pas me précipiter pour rencontrer quelqu’un…

Ensuit il m’a discrètement interrogé sur ce que je faisais dans la vie… et à l’époque je suivais une formation passionnante, il lui a alors été facile de me faire parler… et de s’enthousiasmer avec moi…

[Et hop, ça y était, il balançait l’image d’un mec à l’écoute, attentionné avec au passage la remarque qu’on avait déjà un point en commun… ]

Les bases du décor étant posé, il s’est présenté un peu plus en veillant à ce que son image brille de mille feux.

Plaçant qu’il a beaucoup voyagé, qu’il arrive tout juste de Guyane où il a passé onze ans, qu’il est prof d'arts appliqués juste pour « manger » mais qu’à coté il est plasticien travaillant  sur les modes de perception et de représentation du réel ….

Voilà, déjà, là, ça en jette…. Or, il est évident que, baignant dans le monde de l’art, il sait très bien que sortir ce genre d’explication à une chance sur deux d’impressionner…

Il rajoute que son travail de plasticien est orienté sur les cultures de l'oral, de l'animisme, du chamanisme.

Mais… en presque deux ans de relation, je ne l’ai JAMAIS vu faire quoique ce soit dans ce sens, ni même en échanger avec moi… et ce, même si j’abordais le sujet, car moi, cela m’intéresse… il évoquait quelques grandes lignes, mais jamais rien en profondeur… alors que d’après ses dires, cela ferait trente ans qu’il travaille sur le sujet….

Tout en conversant, je consulte son profil… il se présente comme quelqu’un d’humaniste (… pour quelqu’un qui m’a considéré comme un objet pendant vingt mois… c’est… fort !) il spécifie qu’il exècre l’intolérance

[Ne pas tolérer l’intolérance !!! J’apprendrais par la suite que les contradictions sont son mode de fonctionnement…]

Et pour finir il rajoute que d’après lui, la rencontre avec  « l’autre » est la meilleur façon de se construire… (Il n’a jamais cherché à « me rencontrer »… ce que je suis, je pense, ressens, il en prenait cas que lorsqu’il n’avait rien de mieux à faire...)

Le tchat se déroule comme s’est déroulé les vingt mois : mine de rien il pose des questions (est-ce que ma formation dure tout le week-end, combien sommes-nous de stagiaires…

[Durant les vingt mois de relation, lorsque je posais le même genre de questions précise, il évinçait me faisant remarquer que j’empiétais sur sa « liberté »]

Ensuite il me fait remarquer une faute d’orthographe « gentiment »… puis la facette « poli » : « as-tu des enfants, si ce n’est pas indiscret » …

Et enfin, le gentleman dans toute sa splendeur : il aborde le pourquoi nous nous trouvons sur ce genre de site, et lorsque  je lui dis que je recherche l'amour, le partage, l'engagement, l'échange, le soutient, il me répond : « Ce n’est pas ce qui doit présider à une relation tout ça? Du moins c'est ce que je pensais... » (Durant les vingt mois de relation, je n’ai jamais vécu le moindre partage, échange, soutient…)

Puis il me dit qu’il est seul depuis cinq ans…

Or, ces cinq dernières années, il a eu deux histoires d’environ 2 ans et demi chacune, dont la dernière c’est terminé à peine un mois avant notre conversation du moment… (C’est vrai que pour lui, si il n’y a pas de vie commune, c’est « être seul »… mais il me dira plus tard qu’il exècre le mensonge…)

Comme le décor « prince charmant » était posé, il a enchainé direct sur une invitation à prendre un verre (me précisant au passage qu’il est quelqu’un de généreux) et proposant de suite un rdv pour le lendemain, me donnant son N° de téléphone et hop, l’affaire était bouclé… (Par la suite, il me dira qu’il est quelqu’un de timide, et pas à l’aise avec les femmes…)

Mais les dés n’étaient pas encore jeté à ce stade là… le lendemain, je n’avais plus l’enthousiasme de me rendre à un rdv pour voir un mec avec qui j’avais à peine échangé… aussi, lorsqu’une amie passe me voir le lendemain, je lui envoie un sms pour lui dire que j’ai un empêchement…

ET J’AURAIS DÛ RESTER Là !!!!

Or, il revient à la charge l’animal…

Car le gars indépendant et plutôt solitaire (selon ses dires) ne supporte pas d’être seul depuis un peu plus de trois semaines…

Et lorsqu’il me rechoppe sur le tchat, j’avais quelques problèmes qui me souciais un peu… il a orienté la conversation sur cela et hop il devenait un mec attentionné et compatissant (dans la suite de la relation, j’avais le droit « d’évoquer » mes soucis qu’il commentait de quelques phrases, mais le soutient et la compassion était totalement absent de son attitude…)

Donc, il me réinvite… et je ré accepte…

Là, mon intuition se réveille un peu : et de nouveau j’ai envie d’annuler… mais un certain savoir vivre m’en empêche… ou plutôt me mets devant un choix : soit j’annule et je le zappe de mes contacts, soit j’y vais…mais je ne joue pas l’indécise en reportant encore une fois

Donc j’y vais…

Lorsque j’arrive à notre point de RDV et que je l’aperçois en train de m’attendre, je ne peux m’empêcher de remarquer sa posture : les épaules un peu rentrées, la tête baissée, une sorte de manque d’assurance… un peu introverti...

J’arrive à sa hauteur, il me voit, son regard s’illumine… Après les formules de politesses, nous choisissons un bar pour prendre un verre….

Puis, le bar étant bruyant, il me propose d’aller diner au resto avançant que nous y seront plus tranquille pour échanger… (Et une lumière de plus pour son « image »)

Au resto, je note des « blancs »… non pas que les sujets de conversations nous manques… mais comment dire… la conversation, par moment n’est plus fluide… sans aucunes raisons.... sans qu'il n'y ait de gênes particulières... juste, par moment un "blanc"... comme une pause...

[Pour observer ?]

En dehors de ces « blancs », on se raconte nos vies… Et là….. ! Certaines de ses confidences me choquent… Il utilise un ton d’humour, mais il me semble percevoir une certaine fierté…

- Pour me dire qu’il est content d’avoir évité « l’âge dur » qu’est l’adolescence de ses enfants, car à cette époque, il était en Guyane et eux en France…

- Pour me dire que lors d’une histoire d’amour précédente, c’était agréable d’être l’homme de deux femmes…

- Pour me dire que lors de sa vie commune avec la mère de ses enfants, il resté quatre mois sans lui adresser la parole et pas n'importe quels mois : les quatre premiers mois de grossesse !!!…

 

Evidement il me présente son histoire d’un point de vu de « victime »… et il n’a pas besoin de me pousser beaucoup : je compatie à la souffrance qu’il a pu ressentir allant même jusqu’à moi-même lui faire remarquer qu’il a bel et bien « subit » telle ou telle situation…

L’impression qu’il suscite en moi à ce moment-là est celle d’une personne franche et humble

Après le diner, il me raccompagne à ma voiture, on se dit au revoir, il ne cherche pas à m’embrasser et j’apprécie son attitude… je trouve même cela « courtois »…

Sur la route du retour, j’analyse ma soirée : agréable dans l’ensemble, même si ses confidences sur ses enfants me pose un peu question… c’est un peu particulier de dire que ses enfants lui ont énormément manqué en déclarant qu’il est content d’avoir évité « l’adolescence »…

Mais ce qui me trouble le plus c’est son aveux d’avoir été l’homme de deux femmes… et cela, il a dû le sentir le soir même et dans nos rdv suivant, parce que par la suite c’est la fidélité qu’il a mis en avant, présentant cela comme une valeur primordial chez lui…

Et enfin, sa dernière confidence ne me trouble pas, elle me choque : ne pas adresser la parole à sa femme pendant quatre mois… certes, le contexte qu’il m’a décrit explique son malaise voir sa gêne… mais en aucun cas ne justifie d’être aussi… goujat…

Je décidais de ne pas tirer de conclusions hâtives, car… en fait…  nous n’étions que deux personnes qui avons passé un moment au resto… nous n’avons pas fixé un autre rdv… donc… « On verra »… me dis-je…

Non !!!

« On ne verra pas » !!!

Voilà comment j’aurais dû résonner… en acceptant éventuellement un autre rdv, mais en lui exposant les questionnements, troubles et gènes qu’ont créé en moi ses confidences…

Je ne le savais évidemment pas à l’époque, mais c’est précisément pour cela que cette « relation » est arrivée dans ma vie : pour m’obliger à prendre conscience que lorsqu’un questionnement, trouble ou gène m’envahit… : il faut en faire part à celui ou celle qui provoque cela en éliminant le « bénéfice du doute », en rayant de mon vocabulaire les « admettons »…

 

J’entrais donc dans la grande école de la vie pour une leçon supplémentaire qui allait être douloureuse…