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Je décide donc de rester chez lui ce soir-là.

Lorsqu’il arrive du travail, il me dit qu’il est content que je sois restée, content de me retrouver…

 

[Nous sommes à la veille de la « délivrance », suite à laquelle, il tentera de convaincre une amie à moi, que ça faisait un moment qu’il « n’était plus dans la relation »…]

 

La soirée se déroule sur le même schéma que si souvent : tendre mais superficielle…

Il me remercie d’avoir préparé le repas… Après diner nous restons un peu à table et discutons de tout et rien…

 

Le beau temps de la veille étant disparu, j’ai froid avec seulement un tee-shirt… Je me lève pour prendre une veste à lui qui traine sur son fauteuil…

En la prenant, un carnet à lui, tombe… et alors que je le ramasse… j’y vois inscrit le nom, adresse et N° de téléphone d’un club échangiste…

 

Le « blanc » qui s’est produit dans ma tête ne dure qu’un dixième de seconde…

 

Moi   : Tu connais ce club toi ?

Lui    : Non…

Moi   : Ben, t’as pas ces coordonnés pour rien… t’as été ?

Lui    : Non…

Moi   : Si tu as pris la peine de noter ça…c’est que t’as été…

Lui    : Non…

Moi   : T’es sûr ?

Lui    : …si j’ai été… c’était avant de te connaitre…

 

 

Je lui explique que je ne comprends pas pourquoi il m’a menti… d’autant que nous en avions parlé dès notre troisième RDV…

Il m’explique que, lorsqu’il y a été, il venait de se faire larguer par celle d’avant, il se retrouvait dans une ville inconnue… et… ça serait plus la curiosité qui l’a poussé…

Il n’aurait pas aimé l’ambiance, aurait juste fait un hammam et, pas à l’aise, serait partie…

 

 

[Ben oui, appelle moi conne tant t’y es !]

 

En creusant un peu plus, il m’avoue qu’il a également été deux autres fois sur Paris

 

[Eh ben, pour un mec qui n’aime pas ce genre d’ambiance… !]

 

Lorsque nous en avions parlé au début de notre relation, il m’avait dit qu’il ne connaissait pas ce genre d’endroit (mais sa dernière visite remonte à trois mois avant notre rencontre) et qu’il n’avait absolument pas envie de fréquenter ce genre de lieux… que c’était pas son truc…

 

Alors, je lui redemande « pourquoi me mentir » ?

 

D’un air abattu, il me dit qu’il avait peur que j’ai une mauvaise image de lui… qu’il a peur que je ne l’aime plus…

Je ne sais plus comment la soirée s’est poursuivie… je me souviens juste de la nuit blanche que j’ai passé. Ses dires s’entrechoquaient et rejoignaient d’autres brides de confidences et déclarations…

 

Tout au long de la relation il n’a cessé de se présenter comme quelqu’un d’indépendant avec un coté solitaire très marqué…

 

… d’après ce qu’il m’a avoué la veille… c’est parce qu’il s’est fait larguer et qu’il s’est sentie trop seul qu’il a atterri dans un club…

Trois mois après il revoit cette ex pour remettre le couverts et partir en vacances… puis re-rompre… un mois pile après cette seconde rupture entre eux, il me disait « je t’aime »…

 

On sent vraiment le coté indépendant de ce mec…

 

Pour ma part, il confond « indépendance » et égocentrisme… Une personne indépendante peut sans problème affronter une période de célibat… un égocentrique a besoin de se sentir admiré, aimé…

 

Une tirade qu’il m’a sortie comme « bouclier » à chaque fois que « j’osais » revenir sur une de ses goujateries : « nul n’appartient à personne »…

 

En fait, je ne me suis jamais autant sentie prisonnière d’une relation… Ce Prince-Pas-Charmant m’imposait sa liberté à faire, être, dire ce qu’il voulait, quand il voulait, comme il voulait… avec surtout, aucunes réciprocités…

Il m’a, ni plus ni moins considérée comme : sa « chose » pendant vingt mois… ballotée entre déclaration d’amour et douche froide aux grés de son humeur et de ses envies…

Tant que je me taisais, tout baignait… si je faisais « la faute » d’exprimer un mécontentement… l’ambiance relationnelle se dégradait et il était clairement souligné que c’était de MA faute (ben oui, j’avais « parlé » !!!)

 

Mes cogitations de la nuit m’amenaient à l’évidence : rompre avant qu’il soit trop tard…

Nous sommes à un mois et demi avant qu’il aménage chez moi (et en économisant 600 euro de loyer, je me doute que c’est un projet qui lui tient à cœur…)… si je le laisse s’installer… je suis morte… il lui reste juste à finir de m’ôter toute objectivité et me faire basculer définitivement dans la culpabilité d’être « mal », et la soumission à me taire…

 

Il travaille la matinée du lendemain… et je réfléchis nerveusement… j’ai encore l’espoir naïf que l’on puisse avoir une discussion saine d’adulte à adulte…

Pendant le repas du midi, je lui demande s’il préfère que je rentre afin qu’il puisse travailler tranquillement…

 

Lui    : j’ai dû travail à faire…

Moi   : je le sais, c’est pourquoi je te demande si tu préfères rester seul…

Lui    : je ne sais pas…

Moi   : …

 

Puis il va faire une sieste… Je tourne en rond… son mode de fonctionnement par la fuite via ses réponses évasives… me gave… il me l’a trop souvent fait… on dirait un ado…

 

Je commence à rassembler mes affaires pour partir… puis je m’arrête : partir ne solutionnera rien...

Après une bonne demi-heure de « je pars, je reste, je pars, je reste »… je décide de le rejoindre dans sa chambre… Je vais tenter d’aborder le sujet en douceur…

Je m’allonge sur le lit… il tend le bras pour me rapprocher de lui… (C’est sûr, qu’un « p’tit coup » vite fait, il aurait pas dit non…) comme je me recule… il soupir…

 

 

Moi   : Prince-Pas-Charmant… j’aimerais qu’on décide ensemble, à deux… de passer quelques jours ensemble… ou pas… qu’on décide si je reste… ou pas…

Lui    : je ne sais pas… j’ai peur qu’on s’engueule de nouveau…

Moi   : c’est sûr que si l’on reste sur les non-solutions qui nous on bloquées, ça risque effectivement de recommencer…

Moi   : j’ai lu le livre que tu as acheté sur « les cinq blessures de l’âme »… et je nous y ait reconnu… les masques que l’on adopte réactivent directement la blessure de l’autre…

Lui    : mais on a déjà fait tout ça… on arrête pas de rabâcher les même choses… de tourner en rond…

Moi   : on n’a jamais abordé nos différents sous l’angle qu’expose ce livre…

Lui    : mais si, c’est s’qu’on fait tout le temps !....

 

 

Et c’est reparti…

Le propre d’un Prince-pas-Charmant c’est l’incapacité totale à se remettre en question…

 

Alors, mon approche « délicate » sur nos blessures… je peux la mettre à la corbeille et encore plus mon but non avoué d’exposer l’évidence que la façon dont nous gérons notre relation n’est qu’une succession de réveils de ces blessures… et que… peut être vaudrait-il mieux soigner ces blessures plutôt que de continuer…

Les soigner avec un thérapeute j’entends… car à ce moment-là, j’étais encore dans la croyance qu’il ne faisait pas partit des Princes-Pas-Charmants, dont le propre est de ne jamais faire de travail sur eux même avec l’aide d’un tiers…

Ils fanfaronnent qu’ils n’en n’ont pas besoin, que y’a que ceux qui vont mal qui ont besoin de voir un psy… lui, la seule fois où il a été consulter, c’était pour appuyer un arrêt de travail…

 

Nous entrons donc dans une discussion stérile dont il a l’art et la maitrise… sauf que là, il ne peut plus me reprocher une énième fois de gérer le déroulement de cette « non-communication »… car… je m’énerve…

 

Je réponds sans prendre de gants, et, tout en lui répondant, je sens que je me rapproche de la « délivrance »… Je sais que mes paroles sont lourdes de conséquences et qu’un Prince-Pas-Charmant comme lui ne supportera pas d’entendre ce genre de « vérités »…

 

Après un long moment d’échanges sourds augmentant mon ras le bol de ses parades et discours tout faits… je me lâche : je déverse le trop plein accumulé depuis des mois et des mois… je lui envoie ses « quatre vérités » à la figure…

Je sais que je suis en train de tuer le peu qui restait de la relation… mais putain, que ça fait du bien…

 

La tension accumulée depuis le début de l’année, s’évacue dans les larmes en même temps que mes mots…

Lui, est abattu en entendant mes propos… assis, la tête entre les mains, il pleure…

Hébété, il me demande si c’est là l’image que j’ai de lui…

Je lui confirme que oui en rajoutant des exemples…

Il semble réellement mal…

Si mal que je m’approche de lui, et, mettant ma main sur son épaule, je lui dis que je ne voulais pas être aussi dure…

 

Il pleure, mets sa main sur la mienne, il me dit qu’il m’a aimé… et, caressant mes cheveux, me dit qu’il m’aime… Je ne réponds pas….

 

Une heure plus tard, il va se coucher dans la chambre de son fils…Moi, dans sa chambre…

Je ne dors pas… évidement… assaillit par tout un tas d’autre choses que je regrette de ne pas avoir dit… tout un tas d’autre réalité qu’il m’a cachée, mentit, trompée…

 

Au matin, je me lève pour aller aux toilettes… la porte de sa chambre est ouverte… il est assis sur le bord de son lit… abattu… Je m’habille et vais chercher mes affaires dans le salon. Il est en train de me préparer un petit déjeuner…

 

Je lui pose une autre question sur son passé... sur le fait qu’il ait été voir un psy deux ans plus tôt… il me répond qu’il était en dépression…

 

Moi   : ah… mais à part ça, c’est « ma » fragilité qui a pollué notre relation…

 

Il aime pas le Prince-Pas-Charmant… et me le fait comprendre…

Mais moi… c’est pas une question que j’ai pas aimé… c’est les dix-huit derniers mois… alors, son air agacé me fait sortir de mes gongs :

 

J’attrape le bol de café qu’il m’a servi et le jette sur le sol… en soupirant : « putain que ça fait du bien ! J’aurais dû le faire beaucoup plus tôt !!! »

 

Je sens un écoulement en moi… quelque chose se vide, fuit, s’évacue… : la tension s’échappe en laissant place à un sentiment de libération...

 

Je prends mes affaires et ouvrant la porte pour partir, je lui dis à quel point je lui en veux… qu’il ne peut pas s’imaginer à quel point je lui en veux…

 

Et je pars…

 

[L’orgueil de ce mec dépasse l’entendement… il annoncera à son entourage que c’est lui qui m’a jeté… fatigué de mes « crises »… Les « crises » comme il les appels, il y avait fait allusion au début de la relation, me disant : « tu sais, il y aura des crises, des portes qui claquent, de la vaisselle cassée, mais cela ne seront que des caps à passer, pour nous découvrir, mieux nous connaitre… »…. Jamais il n’a supporté que je souligne l’ombre de la queue d’un comportement goujat de sa part…]

 

 

Et alors que je m’arrête prendre de l’essence, je tombe sur un pote à lui… qui, voyant mon visage ravagé par les larmes, me dit qu’il se doute de quoi il en retourne… il me donne son N° de téléphone avant que je parte…

Quatre jours après, j’appelle ce pote… et ce que j’apprends… me laisse sans voix…

 

 

j’ai fréquenté pendant vingt mois… un Prince-Pas-Charmant totalement factice et qui n’en est pas à son premier coup… mais pour lui, c’est toujours « les autres » qui ont un problème… lui ne pouvant se remettre en question…

Il est si avide de "liberté" qu'il ne se rend pas compte qu'il érige les murs de sa propre prison...

Ce que décrit le texte ci dessous, j'ai bien peur qu'il ne le connaisse jamais... trop pris à son propre piège de prison...

Mais en ce qui me concerne, c'est exatement ma vision d'une relation... :

 

Deux personnes qui se rencontrent, c’est deux mondes qui se rencontrent. La chose n’est pas simple, mais au contraire très complexe, la plus complexe qui soit. Chaque personne est un monde en elle-même : un mystère complexe, avec un lointain passé et un futur éternel.

 

Au départ de la relation, seules les périphéries se rencontrent. Mais si la relation croît en intimité, devient plus proche, devient plus profonde, alors peu à peu, les centres commencent à se rejoindre…Lorsque les centres se rejoignent, c’est ce qu’on appelle l’amour

 

Lorsque les périphéries se rencontrent, cela s’appelle faire connaissance. Vous prenez contact avec l’autre, de l’extérieur, juste à partir du bord : vous faîtes alors connaissance. Fréquemment, vous vous mettez à appeler votre rencontre amour. Vous êtes alors dans l’erreur. Faire connaissance n’est pas aimer.

 

L’amour est chose très rare. Rencontrer quelqu’un en son centre, c’est passer soi-même par une révolution, car si vous voulez rencontrer quelqu’un en son centre, il vous faudra lui permettre d’arriver, lui aussi à votre centre. Il vous faudra devenir vulnérable, absolument vulnérable, ouvert. C’est risqué. Laisser arriver quelqu’un à votre centre est risqué, dangereux, car vous ne savez pas ce qu’il va vous faire. Et une fois tous vos secrets connus, une fois votre intimité dévoilée, une fois que vous êtes complètement exposée, que fera-t-il ? Vous ne le savez pas. Et la peur est là. C’est pourquoi nous ne nous ouvrons jamais.

 

Une simple rencontre et nous pensons que l’amour est arrivé. Les périphéries se touchent et nous croyons que nous sommes rencontrés. Vous n’êtes pas votre périphérie. En réalité, la périphérie est la frontière où vous finissez, c’est la palissade qui vous entoure. Ce n’est pas vous ! La périphérie est le lieu où vous finissez et où commence le monde. Même des maris et des femmes qui auraient vécu ensemble depuis de nombreuses années peuvent être des étrangers, ils ne se connaissent pas l’un l’autre. Et plus longtemps vous vivez avec quelqu’un, plus vous oubliez complètement que vos centres sont restés inconnus.

 

La première chose à comprendre est donc : ne confondez pas relation, couple et amour. Même si vous faites l’amour, même si vous avez une relation sexuelle, le sexe est, lui aussi, à la périphérie. A moins que les centres se rencontrent, le sexe n’est que la rencontre de deux corps. Et la rencontre de deux corps n’est pas votre rencontre. Le sexe, lui aussi, reste une relation superficielle – physique, corporelle, mais toujours superficielle. Mais vous ne pouvez permettre à quelqu’un de pénétrer jusqu’en votre centre que si vous n’avez pas peur, que si vous n’avez aucune crainte.

 

Aussi, je vous dis qu’il y a deux sortes d’existence. L’une est dirigée par la peur, l’autre par l’amour. Vivre dans la peur ne pourra jamais vous permettre une relation profonde. Vous restez craintif et vous ne pouvez laisser faire l’autre : vous ne pouvez lui permettre d’entrer en vous vraiment jusqu’à votre cœur. Vous tolérez l’autre jusqu’à un certain point, et puis c’est le mur et tout s’arrête.

 

Etre tourné vers l’amour veut dire : ne pas avoir peur de l’avenir, ne pas avoir peur du résultat ni des conséquences : vivre ici et maintenant.

 

 

La vie nous envoit de multiples signes pour nous faire comprendre soit que l’on se trompe, soit qu’il nous faut continuer dans telle ou telle direction…

à ce jour, je réalise que tout ce qu'il m'imposait était un signe qu'il me fallait réagir, imposer à mon tour mon propre point de vu...

Après notre 1ere dispute, je disais que j'avais le sentiment que cette dispute était nécessaire afin de nous faire voir nos différences et nous permettre de nous ajuster... Certes, c'est ce que tout couple "normal" aurait fait...Mais nous... non.

Et je mesure aujourd'hui à quelle point cette dispute était necessaire... car celle-ci et les suivantes m'ont permit d'ouvrir les yeux, de me rebeller, de m'affirmer (même si cela a été douloureux)... et de changer de chemin après le constat qu'il ne m'acceptait pas comme je suis...

Si le céliba est parfois inconfortable en termes de partage et d'échange... il l'est beaucoup moins que de vivre avec une personne avec qui vous devez taire vos fragilités, cacher vos doutes, et compter sur une pseudo complicité que lorsque môssieur n'a rien d'autre a faire...

Tout cela est : de la soumission...

Mon coté "chienne de garde" à resurgit... Puis, après être partie, j’ai retrouvé l’appétit, le sommeil…  la tension s’est envolée, la boule au ventre a disparue… Certes les semaines qui ont suivi on été dures : car c’est dur de constater qu’on a été mal aimée, malmenée, pendant 20 mois…

 

Merci à vous internautes qui avez lu ce récit, qui l’avez commenté et qui m’avez envoyé des mails…