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J’aimerais pouvoir faire comme lui… « Faire comme si de rien n’était »… tout au moins afin de pouvoir me concentrer sur mon travail… mais je n’y arrive pas…

 

 

[Et c’est très bien ! D’une parce que cela me pousse vers la sortie de secours de cette « relation »… d’autre part, parce que, lui « ressembler »,  c’est bien la dernière chose que je voudrais…]

 

 

Le lendemain, affolée devant l’accumulation de mon travail en retard, je lui envoie pars sms : « SOS »…

 

[Précision : je suis en train de me lancer à mon compte dans une nouvelle activité, dont il m’a toujours dit qu’il me soutenait dans cette démarche, et que, concrètement, à part me le dire, je ne l’ai jamais constaté]

 

Il m’appelle rapidement.

Lui    : qu’est-ce qui ce passe ?

Moi   : je me sens dépassée par les multiples taches à faire qui s’accumulent…

Lui    : qu’est-ce que tu as à faire d’important ?

Moi   : partout où mon regard se pose, c’est un truc qui devrait être fait ou que je ne peux faire toute seule…

Lui    : pour telle chose tu n’as qu’à faire ça, pour telle autre c’est à peine 10mn, pour telle autre tu as deux semaines devant toi, pour telle autre tu peux trouver un prestataire de service pas trop cher…

 

J’espérais naïvement qu’il me proposerait son aide… comme il se vente d’en avoir l’habitude vis-à-vis de son entourage… comme il s’est directement mis à le faire en arrivant chez son amie de Dordogne…

Comme j’ai naïvement cru qu’il en était de même pour moi avec tout ses discours de « j’aimerais que tu puisses compter sur moi, je veux être là pour toi, si tu ne peux pas t’appuyer sur moi lorsque ça va pas bien… alors à quoi je sers ? »

 

Après notre courte conversation téléphonique, je réalise qu’en fait, je n’ai jamais formulé textuellement une demande d’aide précise (enfin bon, ça m’arrange de lui trouver ce genre d’excuses…). Alors je le lui demande par mail, en commençant par lui expliquer clairement que mon inquiétude et mon stress actuel m’ôtent toute sérénité pour me concentrer sur mon travail, que cet état est amplifié par le contexte de notre relation…

Je lui demande cinq services… dont l’ensemble se résume à quatre ou cinq heures de travail…

 

Il me répond le soir après être rentré du travail.

A part le fait que son mail se finit par « je t’embrasse », le reste est froid, impersonnel et dénué de tout commentaire sur ce que je dis à propos de mon état de stress et de travail…

 

Il s’engage à venir deux jours plus tard, le jeudi. Il m’appelle ce jeudi midi.

 

Lui    : je t’appelle pour ce soir… j’ai complètement oublié que mon fils arrivait…

Moi   : Et ?

Lui    : et bien… ça va être compliqué pour venir chez toi…

Moi   : pourquoi ? Moi ça ne me pose aucuns soucis…

Lui    :… oui…mais… enfin… je sais pas… ça va lui faire faire de la route…

Moi   : c’est toi qui voit, moi j’ai prévu suffisamment pour diner, vous pouvez venir…

Lui    :… non…je crois que c’est plus raisonnable que je vienne demain en fin de matinée...

 

Le lendemain, il m’appelle vers onze heures trente pour me dire qu’il part dans une demi-heure… (Avec le trajet, ça le fait arriver à treize heures)…

 

[Manuel d’hypocrisie : répandez le bruit que vous êtes une personne serviable, à l’écoute, franche et tolérante… puis quand on vous demande un service : fuyez…]

 

Et hop, une bonne dose de déstabilisation : arrivé chez moi, il se montre tendre, attentif et courtois…

Après une heure de bricolage (sur un détail dont il me disait lui-même qu’il y en avait juste pour dix minutes…) nous déjeunons lui, moi et son fils…

Ce dernier, du haut de ses dix ans, demande : « Papa, c’est quand qu’on aménage ici ? En juin ou en juillet ? »… « fin juin » lui répond le Prince-Pas-Charmant…

 

[Nous sommes à cinq jours de la « délivrance », suite à laquelle, il tentera de convaincre une amie à moi, que ça faisait un moment qu’il « n’était plus dans la relation »…]

 

 

J’en reste sans voix… Je me raccroche à n’importe quelle pensée qui m’éloigne de l’idée de le savoir ici en permanence, imposant sa dictature du silence…

 

[J’arrive même à me « protéger » mentalement en me disant que s’il continue dans ce mutisme, et bien je le laisserais dans son confort silencieux, mais qu’il ne s’avise pas de se pointer avec un camion de déménagement, car il lui faudrait alors faire demi-tour direct…]

 

La fin du repas se voile d’une atmosphère plus détendue… il se montre prévenant, il m’adresse plusieurs gestes de tendresses…

Dans l’après-midi nous allons dans un magasin de bricolage. Attendrie par ses tendres démonstrations, je me rapproche de lui, je le prends par la taille… il m’accueil avec une tendresse toute amoureuse… le baiser que nous échangeons est tout sauf superficiel…

Tout en faisant nos courses, il émet le souhait d’aller au ciné le soir même…

Pour cela, il nous faut organiser la soirée, car c’est un film que son fils de dix ans ne peut pas voir… il propose de demander à ma fille s’il elle accepterait de « garder » son fils contre rémunération… Et appelle son second fils pour qu'il nous accompagne.

 

Une fois la soirée organisée, nous partons… pour nous rendre compte que nous nous sommes trompés sur l’heure de la séance…

Nous allons alors prendre un verre en ville tous les trois…

L’ambiance est plus que bizarre…Il alterne entre froideur et rapprochement. Comme d'habitude, il commande un deuxième verre chacun, sans même attendre mon aprobation ou celle de son fils. En fait, il cache son problème d'alcool en incitant les autres à boire avec lui... j'imagine que cela le déculpabilise...

Son fils est tout en verve ce soir là... il nous raconte ses soirées, Prince-Pas-Charmant commente de temps à autre en essayant de jouer au père... Mais quand son fils raconte un exploit intime avec une copine, là, Prince-Pas-Charmant blémi... Lol, et moi, je suis me marre intérieurement : les performances physiques sont son point faible, et là, il est carrément jaloux de son fils... Pathétique....

Au bout d’une heure, je commence à sérieusement me demander ce que je fou ici… Pour tromper l'ennui, je me roule une cigarette... (moi qui habituellement ne fume pas, durant cette "relation", j'ai souvent "trompé l'ennui"...)

Je remarque qu'un passant me regarde faire ma cigarette... je pense à haute voix "Il me regarde bizarement celui-là, il doit se demander ce que je roule (vu qu'inexperte en ce domaine, je m'y prends comme un manche)...

Et hop, une nouvelle occasion pour Prince-Pas-Charmant d'utiliser la flagornerie : "mais ma cherie, il a juste vu une superbe rousse..."

Je ne répond pas, son manège est pathétique...

Puis j’ai froid… il s’en aperçoit et me donne son blouson pour me réchauffer… Et, lorsque nous regagnons la voiture, il m’enlace tendrement…

 

Le lendemain, il part tôt, devant être chez lui pour 14h… (Les taches à faire sont inachevées)…

Et alors que son fils s’enquiert de savoir quand est-ce qu’il aura le plaisir de revenir, lui me dit au revoir sans un mot de plus…

Le lendemain, après avoir déposé son fils chez sa mère, il m’appelle pour m’en informer et savoir « si il vient »…

 

… j’en reste bouche « B »…

 

[Expression « bouche trou » : c’est lorsque vous êtes utilisé par quelqu’un pour combler les moments où cette personne n’a rien à faire de mieux que vous voir…]

 

Après plusieurs « je sais pas, fait comme tu veux », « ben et toi, tu veux quoi »… etc…

Il finit par venir…

 

[Nous sommes à trois jours de la « délivrance », suite à laquelle, il tentera de convaincre une amie à moi, que ça faisait un moment qu’il « n’était plus dans la relation »…]

 

Une soirée très agréable… aucunes ombres de la queue du souvenir d’une goujaterie… il semble vouloir se racheter… nous nous endormons dans un nuage de tendresse…

Il part tôt le lendemain afin de travailler… et m’appelle deux heures plus tard parce qu’il a oublié son sac chez moi…

Je lui propose de le lui ramener…

Après plusieurs « je sais pas, fait comme tu veux », « ben et toi, tu veux quoi »… etc…

Je finis par y aller.

Accueil très tendre. Il me dit qu’il est content de me voir. Nous passons une agréable soirée.

 

 

[Nous sommes à deux jours de la « délivrance », suite à laquelle, il tentera de convaincre une amie à moi, que ça faisait un moment qu’il « n’était plus dans la relation »…]

 

 

Le lendemain, il part travailler. Je profite du calme de sa maison et d’être seule pour en faire autant.

En vain.

Je suis à peine assise devant mon ordi que mon cerveau se mets en ébullition.

L’aberration de la situation et de son mutisme hypocrite, m’handicape à me concentrer, ne serait-ce que cinq minutes…

 

J’écris alors dans un journal commencé un an plus tôt, et alimenté chaque fois qu’il m’impose sa dictature du silence face à des situations grossières, violentes (pour ne pas dire cruelles)…

Tout en couchant mes pensées et impressions… l’évidence s’impose petit à petit à mon esprit : je mérite mieux qu’une dictature égocentrique imposé par un homme qui se dit « ouvert, sociable, respectueux (!!!), tolérant… »

 

Toute la journée, je tourne en rond, hésitant entre rentrer chez moi… ou rester pour amorcer une discussion « avec conséquences »….

 

 

Lorsqu’une situation est clairement « horrible », c’est facile de dire non, de monter la barre, de déclarer que l’on mérite mieux et que l’on n’accepte plus de se sacrifier. Oui, lorsqu’il n’y a que des aspects négatifs, on n’hésite pas à faire ce qu’il faut pour se libérer.

Mais lorsque c’est tolérable ou qu’une situation négative est parsemée de petites touches positives c’est plus difficile… Quand notre cœur nous demande un peu plus, ou un peu mieux, et que les bons moments nous empêche de voir le coté obscure de la situation globale…

 

Quand on n’est pas tout à fait dans notre élément, pas tout à fait comblé, mais que l’on retire tout de même un peu de positif de la situation que l’on aimerait changer.

C’est étrange à dire, mais il est souvent plus facile de s’élever au-dessus d’une douleur terrible qu’au-dessus de la médiocrité. Se libérer de la souffrance est un mouvement de survie. À peu près tout le monde a un instinct de survie. Mais renoncer à ce qui nous convient un peu, mais pas tout à fait – déclarer que l’on est digne d’être choyé, non pas seulement contenté – requiert beaucoup, beaucoup de force. Et d'amour, certainement.



Le courage de m’élever au-dessus de la médiocrité… je le cultivais depuis des mois… alors qu’en parrallèle, la douleur qui augmentait allait me faciliter la tâche à « monter la barre », à me déclarer que je mérite mieux… à me libérer…

 

Mon instinct de survie allait se manifester dans peu de temps...