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Je me souviens m’être rassurée moi-même l’année dernière, après avoir réalisé qu’il n’était pas égocentrique qu’avec moi… puis presque immédiatement cela m’a fait peur, car je réalisais que si, à son âge, il ne savait pas se remettre en question… ben… ça craignait…

La superficialité de ses comportements et attitudes m’apparaissait soudain de façon beaucoup plus limpide… Mais je n’osais tirer de conclusions hâtives… lui accordant le bénéfice du doute… En effet, dès le premier jour j’ai remarqué sa timidité… et, dans la suite de la relation, pas un jour ne se passait sans que je constate sa peur panique d’être redevable, d’être rejeté, d’être… en face de ses peurs… d’où le rôle de composition qu’il se fabrique depuis… tant d’années…

Ceci explique cela… mais ne l’excuse pas… La vie est dure… pour tout le monde… Chaque jour est une nouvelle aventure, et l’aborder en s’agrippant à nos anciennes habitudes c’est l’échec assuré… Or, si cela n’implique que nous, ça nous regarde… mais dès lors qu’on s’engage dans une relation amoureuse, nous ne sommes plus seul et la première marque de respect est d’accepter d’adapter notre comportement à cette nouvelle aventure de vie qui se présente à nous… ne pas imposer à l’autre nos anciens reflexes de vie, nos anciennes habitudes de vie… s’ouvrir à la nouveauté… affronter nos peurs…

 

Le week end suivant, je suis en stage… et de nouveau je constate un rapprochement de sa part, par ses coups de téléphone les soirs de mon stage… il me questionne sur ce stage, sur l’intérêt que j’y ai trouvé, savoir si j’ai passé une bonne journée,  me dit que je lui  manque…

 

[Nous sommes à dix-sept jours de la « délivrance », suite à laquelle, il tentera de convaincre une amie à moi, que ça faisait un moment qu’il « n’était plus dans la relation »…]

 

Si bien qu’à la suite de ce stage je le rejoints chez lui. Initialement pour un soir, puis deux et trois, lorsque timidement j’exprime mon hésitation à rester ou rentrer il me répond : « reste, je suis contente que tu sois là, ça me fait plaisir de te retrouver en rentrant »…

 

[Nous sommes à quinze jours de la « délivrance », suite à laquelle, il tentera de convaincre une amie à moi, que ça faisait un moment qu’il « n’était plus dans la relation »…]

 

Un de ces soirs, nous avons une discussion que je trouve très intéressante, que je perçois comme riche et intelligente…

Sans avoir choisi de parler de nos « difficultés », le sujet est arrivé sur sa façon de prendre les choses en mains avec le filtre de ses habitudes acquises lors de ses multiples expériences et considérée comme… unique façon de faire…

 

[Ce qui s’est passé lors de nos voyages et vacances…]

 

Il me demande d’éclaircir mes propos. Dans un premier temps je n’ose pas (l’épée de Damoclès rode toujours : un mot de trop et elle tombe !). Puis, comme il insiste, je cite plusieurs situations de nos vacances ou sa « prise en charge » pouvait provoquer chez moi un sentiment infantilisant d’où agacement, colère et… Clash…

 

Et, là… je suis plus qu’agréablement surprise : il acquiesce, il me dit que tout à coup, il réalise combien, cela peut être infantilisant… il me dit qu’effectivement, décider à deux est plus équitable et respectueux…

 

Durant toute la conversation, j’étais extrêmement fébrile, je surveillais mon langage, je choisissais mes mots…

J’avais conscience que la « sagesse » de notre échange était quelque de tout nouveau et fragile… je ne voulais surtout pas entraver ce que je voyais comme un avancement, une ouverture…

Ensuite nous dormons chez moi, car le lendemain nous devons nous rendre à une cousinade dans ma famille.

Au matin de notre départ à la cousinade, je me réveille d’un cauchemar dans lequel, son amie de Dordogne me disait : « mais il faut parler entre vous, casser la gêne, oser ! »

 

Toute pleine de positivisme de notre conversation de l’avant vieille, je lui en fais part, persuadée qu’à présent il peut « entendre et surtout écouter »…

Je sens immédiatement à son ton, que je me trompe… je prends alors un risque : je lui rappelle qu’il y a six mois, il m’a envoyé un article sur les « différents langages de l’amour », que j’ai lu cet article, que je trouve dommage que nous ne l’ayons pas fait ensemble, qu’il serait intéressant de le faire maintenant…il démarre au quart de tour : « mais nous n’arrêtons pas d’essayer de nous comprendre, tout le temps on ressasse les mêmes choses, on tourne en rond »…

Et hop, c’est repartit pour être une discussion stérile, un non-dialogue… très vite il me propose d’arrêter cette conversation… ce que j’accepte aussitôt, car pas envie d’aller dans ma famille dans une atmosphère tendue…

Nous prenons le petit déjeuner et l’ambiance redevient légère et amoureuse… tant et si bien que de nouveau je me crois face à une personne censée et intelligente, capable d’entendre et d’écouter…

D’une façon la plus détachée possible, je fais référence au récit de son amie sur ce qu’elle nommait « une pièce de théâtre »…

 

Lui    : ou tu veux en venir ?

Moi   : et bien… que je ne suis pas uniquement responsable de nos heurts… mais qu’on est bel et bien deux…

 

Il se ferme.

Je n’insiste pas.

 

Nous prenons la route et je me rends compte qu’il s’est plus que fermé, il est blindé, verrouillé… (Putain de peurs ! mais quand est-ce qu’il va les affronter !)

 

A la moitié du voyage, je lui demande ce que je peux faire pour détendre l’atmosphère… « Rien » me répond-t-il...

Je tente des gestes tendres… blocus.

Je tente des mots tendres… blocus.

 

Nous arrivons dans ma famille. Il se montre courtois, poli, il discute avec l’entourage.

Mais son attitude envers moi reste froide. Et au fil de la soirée, il devient de plus en plus distant et froid. A table, je tente de nouveau des gestes tendres : aucunes réactions.

A deux reprises il sert à boire aux personnes présentes à notre table… sans me servir moi… Durant tout le repas, il ne m’adresse pas la parole

 

[Justifiant par la suite, qu’il ne pouvait pas parler à mon cousin à sa gauche tout en se tournant à sa droite vers moi pour me parler… ça c’est de l’excuse en béton ! il aurait dû faire avocat !...]

 

A un moment, je me retourne : il n’est plus là… je le vois quitter la pièce avec mon frère… je me doute qu’ils vont fumer… et j’en suis encore à m’étonner de son absence d’un minimum de politesse genre « je sors avec ton frère pour aller fumer… »

Ayant l’impression d’être « seule » depuis déjà plusieurs heures, je décide de sortir aussi, car à table il ne reste plus que moi…

 

Dehors, je ne me sens pas à ma place… comme en trop… je suis là comme une pauv’ cloche… après m’être éclipse aux toilettes pour « reprendre mon souffle », je reviens auprès de lui ses interlocuteurs et… surprise par son geste de me prendre par la taille, j’ai un mouvement de recul… qu’il interprète comme un refus de ma part…

Nous sommes en public, pas moyens de dissiper cela…

 

Une heure après je manifeste l’envie de rejoindre la chambre. Et alors que j’ai eu le temps de prendre ma douche, me démaquiller, lu un chapitre de livre puis éteint la lumière, il arrive…

La douleur de sa froideur de la soirée est encore inscrite en filagramme sous ma peau… aussi lorsqu’il se rapproche de moi et que je comprends son intention, je n’arrive pas (il ne m’est pas possible) à me laisser aller…

Pour autant, je ne veux pas creuser le fossé entre nous… après un moment, je me tourne et mets mon bras sur ses hanches…

 

Un voile de douceur semble se poser sur nous…

 

Lui    : J’ai envie d’aller à Florence avec toi…

Moi   : ouiiiii….

Moi   : ça doit être magnifique comme ville…

Lui    : oui, c’est très beau…

Moi   : quels sont les peintres dont on peut y voir les œuvres ?

 

Il me parle peintures, artistes… m’en nommant de multiples…

La tendresse prend le dessus… et nous nous endormons…

 

[Nous sommes à douze jours de la « délivrance », suite à laquelle, il tentera de convaincre une amie à moi, que ça faisait un moment qu’il « n’était plus dans la relation »…]

 

Au matin, je suis un peu déboussolée, déstabilisée, désorientée… l’alternance de chaud et froid de la veille m’a plongé durant mon sommeil dans un état d’hébétude, de stupeur dont j’aimerais sortir, mais je ne sais comment, je me sens comme prisonnière de ma tristesse…

 

Au cours de la journée, il entreprend de me sortir de ma tristesse en me racontant une histoire drôle par demi-heure de « monsieur et madame »…

Je me sens coupable de ma tristesse, coupable de ne pas réussir à rire, coupable de ne pas valoriser ses efforts, coupable d’être celle qui « plombe » l’ambiance…

 

Nouvelle déstabilisation lorsque, retirant du liquide à la banque et un peu inquiète de mon solde, il me dit que c’est un sujet dont on doit parler, vu qu’on va vivre ensemble…

 

[Ah bon, il en est encore à ce « projet » ?... mais alors, c’est quoi cette fuite permanente ?...Nous sommes à onze jours de la « délivrance », suite à laquelle, il tentera de convaincre une amie à moi, que ça faisait un moment qu’il « n’était plus dans la relation »…]

 

Le week-end se poursuit dans cette ambiance glauque, et je vais même m’excuser auprès de lui d’être « mal »… après qu’il m’ait fait remarquer que la nuit passé et celle précédente, il avait dormi « lui ! »… et que moi, non seulement je dormais mal, mais je ne profitais pas du week-end, de mes cousins, ma famille…

 

Je me noyais dans le mal être, la douleur, le malaise…

Sur la route du retour, croulant sous la culpabilité, je propose une sortie au ciné…

Il me répond « je sais pas »…

En arrivant, je fais mon mea culpa : « les problèmes que l’on rencontre me sont imputés… c’est parce que je vais mal… je fais une dépression… je vais aller voir un psy et demander un traitement d’antidépresseur… »

 

Il semble abattu, il me dit « dans quel mesure est-ce que je provoque cela ? »

 

Je l’ai consolé, réconforté, entouré… lui assurant qu’il n’y était pour rien… « C’est moi qui ne va pas bien… je vais prendre des antidépresseurs et cela ira mieux… »

 

Nous allons au cinéma… nos baisers sont froids, nos gestes affectifs sont détachés, nos attitudes sont hostiles…

 

Le lendemain matin, il se lève tôt car il doit rentrer pour travailler. Je prépare le petit déjeuner pendant qu’il prend sa douche. Il prend son café sans un mot.

Je le raccompagne à la porte, mes larmes coulent quand il m’embrasse pour partir…

 

Il fait « comme si de rien n’était »… (Comme il l’a si souvent fait durant les vingt derniers mois)…

 

Je sens qu'il me faut m'extirper de la tension qui paralyse tout mon être... et je sais au fond de moi que cela ne pourra se faire qu'en me sauvant de cette prison dans laquelle il me maintient...

Je commence à visualiser une porte de sortie... à imaginer une délivrance...