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Pendant notre visite du bateau, il décrète qu’on s’arrêterait bien chez une amie à lui qui habite Bordeaux… et il l’appelle dans la foulée… l’amie lui propose qu’on dorme chez elle… le combiné à l’oreille, il me demande si je suis d’accord…

Bien joué, ainsi, je n’ai d’autre choix que d’accepter… à moins que, maso, j’ai envie de me voir accusé d’être jalouse et possessive…

1/4h après l’amie rappelle, en fait cela ne va pas être possible : elle a une veillée pour un proche à elle, décédé qq jours plus tot…

 

Je n’ai pu me retenir de penser un « ouf »… non pas que je n’avais pas envie de voir cette femme (que je connais et apprécie, pour l’avoir invité aux cinquante ans du Prince-Pas-Charmant) mais, commencer nos vacances par flâner un peu à Rochefort, puis un peu à Bordeaux, puis diner dans un p’tit resto et nous retrouver tranquille pour la soirée… ne me semblait pas un luxe au vu des tensions du mois précédant…

 

[Il commenterait cela par « ta vision d’un couple n’est pas la mienne »…auquel j’aurais plutôt envie de dire, que si : régler un différent, dissiper un malaise, aplanir les tensions et faire en sorte de re créer un climat serein… n’est qu’une « vision » de la vie de couple… il peut s’en faire pour son avenir sentimental... ou plutôt ses futurs victimes…]

 

Donc, nous voilà seuls à Bordeaux… ou nous ne restons pas longtemps… il ne semble pas apprécier cet état de faits… nous dinons dans un resto qui est plus une sandwicherie qu’autre chose… une fois de plus je n’ose m’imposer… j’ai une drôle d’impression de devoir « rester à ma place »…

Je connais un peu Bordeaux… certains quartier animés sont pittoresques et plein de resto étonnants… et par cette douceur d’été, flâner dans les rues après diner aurait été très agréable…

Il ne veut pas laisser la voiture seule trop longtemps… soit disant qu’on repère de suite que c’est une voiture de touristes…

Une fois de plus, je dois abdiquer : pour peu qu’on nous cambriole alors que j’aurais émis le souhait de nous balader après le repas…

De plus, il nous reste encore 1h30 de route… et, il ne veut pas arriver trop tard (c’est la maison de campagne de ses parents, elle est vide, personne ne nous attends… ou comment refuser sans en avoir l’air…)

 

En règle générale, il se couche rarement avant minuit, et donc encore moins en vacances… mais bon… au cours du mois précédent, il n’a pas hésité à faire deux heures de route aller et même chose retour, dans la même soirée, pour voir un concert…

Mais profiter de la douceur du temps de l’opportunité d’avoir un moment tranquille pour dissiper des tensions amoureuses… Non…

 

[Comme il veut, quand il veut, et si il veut…]

 

Notre première nuit de vacances… il me fait visiter la maison de campagne… fier des anecdotes de son enfance passée en partie ici… il sait y faire pour créer une complicité factice… et j’y crois…

Le lendemain ses parents arrivent, nous passons une agréable soirée ensembles… lorsque nous nous couchons, le Prince-Pas-Charmant me fait part de son plaisir à m’avoir vu discuter avec son père sur des sujets qu’ils ont du mal à aborder sans se fâcher…

Il me redit son amour immense, sa fierté d’être avec moi, son désir que ça dure toujours…

 

[Caramel, bonbons et chocolat…Des mots faciles des mots fragiles…]

 

Le lendemain : notre troisième jour de vacances : une seule soirée seuls et pas l’ombre de la queue d’un semblant de discussion sur ce qui nous a fait souffrir mutuellement en juillet…

 

Il appelle un copain. Le dit copain lui apprend que son fils est dans la région ou nous nous trouvons… il voyage en stop avec sa femme…

Ni une, ni deux, le Prince-Pas-Charmant appelle le fils de son pote pour lui proposer de venir passer un moment dans la maison de campagne de ses parents…

Evidement, je ne suis pas consultée sur le déroulement de ces vacances qui sont quand mêmes censées êtres les nôtres…

 

Quelque chose que j’ai trouvé bizarre à l’époque : ses parents, apprenant que le jeune couple arrivait, décidèrent de partir dans leur appartement de Léon en Espagne plus tôt, afin que l’on soit « tranquille »…

Un peu comme si, rien ne devait contrarier le fils ainé…

 

Le jeune couple arrive. Très sympathique tous les deux, plein de vie, d’envies, de découvertes… ils nous apprennent qu’elle est enceinte… nous passons une très agréable soirée… tellement agréable que je me remets à être optimiste : nous avons trois semaines devant nous, c’est plus qu’il n’en faut pour nous « retrouver » et communiquer intelligemment…

Il me semble même que Prince-Pas-Charmant est sur la même longueur d’onde que moi, car après avoir évoqué sur divers sports avec le jeune couple, et partagé des anecdotes sur nos expériences de canyoning, il me demande si je serais d’accord pour en faire en Espagne… J’approuve complètement, nous nous en réjouissons ensemble…

 

Mais trouver le lieu et le club, se révèle un peu plus compliqué… et Prince-Pas-Charmant, décrète, qu’on verra cela lorsqu’on sera chez ses parents à Léon…

Okay…

 

Prince-Pas-Charmant se transforme en guide touristique : nous allons tous les quatre visiter un petit village pittoresque absolument magnifique…

 

J’avais le sentiment d’accompagner un pote… nos activité étaient intéressantes et agréable, mais… comment dire… le coté humain, relationnel était pauvre, pour ne pas dire absent… Il brillait par ses connaissances… Il se mettait en avant, il se délectait d’être celui qui fait découvrir tous ces beaux lieux…

Lorsque dans l’après midi nous nous posons pour prendre un verre en terrasse… la discussion tourne autour de la grossesse de la femme, de la nutrition, de la santé, ect… comme dans ce domaine j’en connais un rayon pour être moi-même mère et avoir placé l’hygiène de vie en priorité pendant mes grossesses et pour mes enfants… je donne mon point de vue et quelques conseils lorsque le jeune couple me le demande…

 

Prince-pas-Charmant, ne participe pas à la conversation… il semble ne rien comprendre…

Alors même qu’il se proclame écolo, qu’il désapprouve la malbouffe et critique le fait que la mère de ses enfants servirait trop souvent des plats surgelés…

 

Bon, il reprend les rennes au bout de vingt minutes pour nous emmener chez un producteur de cognac qu’il connait… là, il peut de nouveau être « celui qui sait »…

 

Le lendemain : départ pour tout le monde. Nous vers Bilbao et le jeune couple… aussi pour l’Espagne…

Prince-Pas-Charmant leur propose alors de faire route commune jusqu’à San Sébastian…

 

[Et hop, encore un « tête à tête » évité]

 

San Sébastian… jolie ville côtière, impossible de ne pas se croire en vacances…

Après avoir cherché le camping et installé nos tentes, nous retournons en ville pour diner de tapas…

Et là, je constate que Prince-Pas-Charmant a des habitudes bien ancrées dont il lui est difficile (pour ne pas dire impossible) de se défaire : choisir un restaurant, relève de l’exploit : il doit y avoir du monde à l’intérieur (sinon, c’est que c’est pas bon), les prix doivent être plus que raisonnable (parce que… ché pas… il semble avoir un sorte d’hérisson en guise de porte monnaie dès lors qu’il ne s’agit pas d’apéro ou de digeo…)

Trois quart d’heure plus tard et quelques kilomètres de ruelles dans tous les sens, nous finissons par rentrer dans un resto à touriste (tous les resto de ce quartier sont « à touriste », car la ville entière est un piège à touriste…).

J’avais bien tenté d’influencer le petit groupe sur tel ou tel resto, mais toujours les prix et le nombre de clients visibles de la rue ne correspondaient pas à ses critères…

 

Nous dinons donc de truc moyens, plutôt cher et dans une ambiance bruyante empêchant toutes discussions amicale sensée animer ce genre de soirée… nous ne trainons donc pas…

 

L’après diner appelle évidement un verre… rebelote pour le choix du café, et si le prix ne rentre plus en ligne de compte, il est important quand même de vérifier si un café ne pratiquerait pas encore -malgré l’heure tardive- des « happy hours »…

 

[Qu’elle que soit la ville ou Prince-Pas-Charmant se trouve, il n’a pas son pareil pour dénicher un bar qui pratique les « happy hours »… pouvant ainsi allégrement doubler la consommation de ses cocktails favoris : Mojito et Caipirinha]

 

Sur ce nous rentrons au camping pour dormir…

 

Un camping… c’est : un camping… avec tous les inconvénients que cela comporte : bruits des voisins, sols pouvant être caillouteux… ect…

Et bien, Prince-Pas-Charmant qui ne jure que par le camping en bon « baroudeur » comme il se présente, trouve le moyen de critiquer nos voisins jeunes et bruyants… et de se lever  dans la nuit -très énervé- pour leur demander de se taire… je crois que nous avons frôlé l’incident diplomatique…

 

Bien sûr le lendemain il avança le manque de savoir vivre des jeunes… ect, ect, ect…

Je n’ai pas osé lui faire remarquer devant le jeune couple qui nous accompagnait qu’il est tout à fait possible de demander de se taire ou de faire moins fort, sans s’énerver et en faire une montagne…

 

Nous commençons cette journée par : un bon petit déjeuner…

Normal me direz vous… mais, si je n’avais pas insisté pour que l’on emmène un réchaud, casserole, et quelque victuailles… nous aurions dû retourner en ville, à la recherche d’un café qui lui plaise et qui propose un petit déj… avec l’addition qui va bien…

 

La jeune femme enceinte a plus qu’apprécié le thé au lait de riz accompagné de biscotte bio tartinée de purée d’amande…

Prince-Pas-Charmant n’en dit pas un mot… comme s’il s’appliquait à laisser entendre qu’en tant que bon baroudeur qui en a vu d’autre, un simple café noir est amplement suffisant…

 

[C’est vrai, qu’en ces temps de guerre, mes envies relèvent un peu du caprice ! Manquerais plus que je me crois en vacances !]

 

Hormis un manque évident d’attention et de délicatesse de Prince-Pas-Charmant, ces trois dernier jours ont été exempt de tension et même empreint de rapprochement amoureux… Et, tandis que le jeune couple étudie le meilleur trajet en stop pour se rendre là ou ils ont prévu d’aller, j’expose le désir de dormir à Bilbao -ou nous avons prévu de nous arrêter pour visiter le musée Guggenheim-… Prince-Pas-Charmant me répond du tac au tac : « non, la ville est moche, y’a rien à voir à part le musée », et un argument suplementaire : ses parents nous attende pour le soir même…

Le ton ne laisse pas entrevoir de discussion possible, et, malgré que je tente de négocier en avançant que, ne connaissant pas du tout la ville, j’aimerais bien la découvrir, même si elle n’est pas aussi  belle et touristique que San Sébastian, et qu’il nous est tout à fait possible d’appeler ses parents pour prévenir que nous arriverons le lendemain… après tout, nous sommes en vacances, nous avons tout notre temps…

Il ne veut rien savoir, mais ne dévoile pas son autoritarisme et, face à notre jeune couple d’amis il me restait le choix de faire une scène ou me taire… vexée, et même blessée, j’ai opté à contre cœur pour la seconde solution…

 

Prince-Pas-Charmant à un reflex innée : toujours se présenter comme le mec le plus arrangeant, serviable et attentionnée (lorsque cela se voit, ça va sans dire), il se démène donc pour trouver LE meilleur emplacement qui conviendra au jeune couple pour se poster à faire du stop… lors de cette recherche nous nous arrétons dans un supermaché pour que ce jeune couple y fasse le plein de victuaille…

Le tout nous amène à plus de 13h… De l’avis général, le musée de Guggenheim demande un minimum de 3h pour le visiter tranquillement, comme on peut espérer le faire en temps de vacances… et si l’on est curieux d’art on peut même y passer jusqu’à cinq heure…

 

Mais comme  Prince-Pas-Charmant se croit investit du rôle de protecteur du jeune couple et qu’ensuite nous avons plus de trois heures de route pour rejoindre Léon ou habites ses parents pendant ce mois d’aout… je commence à réaliser que son prétexte de temps pour refuser qu’on passe la nuit à Bilbao, est encore une facette de son habitude à faire « comme il le veut, quand il le veut, ou il le veut »….

 

Des pensées contradictoires se bousculent dans ma tête… induisant des questions dont les réponses me font peur…

Je tente d’enfouir ces questions afin que les réponses n’émergent pas…

Mais c’est dur, j’ai une boule dans la gorge et dans l’estomac. Prince-Pas-Charmant le remarque et son attitude devient plutôt froide ;  je ne corresponds plus à ce qu’il attend d’une amoureuse : être aveuglement amoureuse et le lui faire sentir…

 

Arrivé à Bilbao, nous ne prenons même pas la peine de nous poser tranquillement sur un bout de pelouse pour nous délecter du soleil, de cet air de vacances, nous mangeons un sandwich en un quart d’heure sur le banc devant le musée…

Et là, ma boule augmente tellement qu’il m’est difficile d’avaler les bouchées de ce sandwich… sur l’écran de mes pensées, se projette un scénario qui aurait pu être : flâner tranquillement pour trouver un p’tit resto abordable, profiter de ce moment en tête à tête, visiter le musée, et aller planter notre tente dans un camping de la ville pour une deuxième nuit seuls…

 

Nous avons visité le musée en moins d’une heure trente. Sans un mot. Les œuvres s’affichaient devant moi sans que je ne les vois réellement… trop occupée à gérer la boule qui devenait douloureuse…

 

A la sortie du musée, il me demande froidement, presque sèchement : « bon alors, tu veux qu’on dorme là ?! »… Comme s’il cédait au caprice d’un enfant… je me sentais humiliée, et aussi prise au piège : si je disais « oui », la soirée qui s’annonçait risquait d’être difficile et je porterais la responsabilité de cette tension…

Il aurait tout aussi bien pu me prendre dans ses bras en me posant cette question, mettant en avant une volonté de rapprochement… mais en m’imposant de choisir de rester ici ou partir, il s’octroyait la facette du mec de bonne volonté et du même coup s’assurait une excuse en béton si toute fois j’osais re-aborder le sujet…

 

L’atmosphère durant les derniers kilomètres qui nous mènent à Léon était oppressante. Moi je n’arrivais pas à croire que cet homme qui, onze mois plutôt me disais que le partage, l'engagement, l'échange et le soutient doivent présider dans une relation… puisse avoir une telle attitude tout en m’assurant qu’il m’aime, qu’il m’aime, qu’il m’aime, qu’il m’aime…

Et lui, je suppose qu’il était totalement perdu en constatant que je ne tournais plus en orbite autour de SA personne…

 

Nous arrivons à Léon, ses parents nous accueillent chaleureusement. Je suis presque soulagé de ne pas être seule avec lui. Je m’efforce d’être optimiste quant à la suite de nos vacances.

Le soir, le diner est bien arrosé et l’alcool nous aide à nous rapprocher.

Je m’endors plein d’espoir sans savoir que le pire est à venir…