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Léon… une fin d’après-midi, nous sortons en ville après une sieste… l’ambiance est légère, il fait beau, l’air est doux, nous sommes amoureux…

Cette agréable atmosphère de vacances me rends confiante et me fait oublier nos difficultés de communication… et.... : j’ai le malheur de commenter le câlin de notre sieste…

J’ai naïvement cru que les conditions étaient réunis, de plus, non n’étions pas « dans le lit de la chambre » (lieu interdit au dialogue, juste au relation sexuelles !)…

 

Comme les fois précédentes, son attitude laisse entendre que je le juge, le critique, voir le rabaisse… la discussion est partie en vrille…

 

J’étais littéralement « ébranlée »… ça n’arrêtera donc jamais ! Le moindre mot, phrase, attitude est perçue comme une critique…

 

Ces non-dialogues constants, me donnent l’impression d’être coupable, et je m’épuise à constamment chercher une solution pour trouver un langage commun…. non seulement en vain, mais ça me revient en boomerang : il me reproche de sans cesse revenir sur les mêmes sujets, d'alimenter à l'infini nos différents...

 

En tout cas, après deux-trois heures de non-dialogue chargées de tension… devant une sorte de dictature : ne pas reparler des sujets qui fâchent... : j'aimerais être ailleurs.

Partir d’ici, arrêter d’être niée… Quitter ce cauchemar… Seulement, je ne peux pas, car nous sommes à l’étranger, hébergé chez ses parents.

 

J'aimerais que le respect rivalise avec l’échange et l’écoute… j’en ai marre que ses peurs dominent notre relation…

Je me sens tellement loin de moi-même que je me fige. Je lui dis qu’il m’est impossible de rentrer, là maintenant chez ses parents.

 

 

Je ne sais pas ce que je voulais en me figeant ainsi, et je n’ai rien programmé… mais continuer sur le registre de l’hypocrisie était au-dessus de mes forces…

Il appelle sa mère afin qu’elle ne nous attende pas pour diner…

Puis,  il « attends »… comme un parent attendrait que son enfant cesse un caprice…

La confusion qui m’habitait devenait douloureuse, la boule était à son paroxysme… des bras tendres et chaleureux auraient été les bienvenues, ainsi que des paroles réconfortantes, franches, sans détours, dans le désir d’établir un vrai dialogue

Et alors que son agacement laissait place à une colère sourde, j’ai trouvé la force de reprendre un masque de « comme si de rien n’était » pour rentrer nous coucher…

Nous coucher sans tendresse, sans mots, sans… humanité…

 

Le réveil a été dur… j’étais encore sonnée… Je sentais son agacement grandir à chaque altercation… je sentais de façon encore plus importante l’injonction sourde à "ne pas revenir sur un sujet qui fâche"…

 

J’avais (trop) souvent envie de pleurer… je me sentais me diluer dans une mélasse indescriptible…

La place de la boule au ventre avec laquelle j’avais appris à vivre, devenait handicapante…

Lui, reprit son masque d’amoureux transit…. -Comme si de rien n’était-….

 

[L’attitude idéale pour m’enfoncer dans la culpabilité :

-         si j’ai le malheur de faire allusion à nos différents : je casse le décor du parfait petit couple qu’il peaufine tant bien que mal…

-         si je n’arrive pas à sortir de l’hébétude dans laquelle nos heurs m’ont plongé : ça prouve que je suis une nana tordue…

Dans les deux cas, il a le beau rôle et moi celui de l’empêcheuse de tourner en rond ! Son scénario est vraiment bien rodé]

 

Donc, en bon chevalier servant, il m’emmène dans le village natal de ses parents… En me déclarant à quel point il est heureux d’être là avec moi… à quel point il est heureux de me présenter sa famille qui vit là-bas…

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[Il a le chic pour employer un ton solennel et laisser son émotion paraitre un peu plus que ne le veut ce genre de situation… En fait, juste ce qu’il faut pour que l’image du mec bien et attentionné domine dans mon esprit…]

 

Et alors que ses cousins et cousines, nous accueillent à bras ouvert, son attitude restera gravée dans ma mémoire et m’aidera plus tard, à comprendre le bordel qu’il y a dans sa tête…

Son cousin a dû insister pour que nous dormions chez lui, Prince-Pas-Charmant voulant absolument camper à 10km du village… Son cousin a fini par s’adresser à moi pour avoir gain de cause, en prenant mes bagages et les mettant dans la chambre d’amis…

 

Je me suis endormie avant Prince-Pas-Charmant qui a tourné, encore et encore, ne trouvant pas le sommeil… Au matin, il me dit n’avoir quasiment pas dormi, sans raisons apparentes, me dit-il…

Je me demande silencieusement ce qui a pu le travailler à ce point…

 

Au fil des heures, son comportement devient distant et froid… sans qu’aucuns différents ne nous séparent…

Je suis déboussolée… je m’interroge sur les raisons du mutisme dans lequel il s’installe…

 

Malgré que mÔssieur se complait dans sa bulle, nous allons, comme prévu faire une randonnée.

Initialement, cette randonnée devait durée 2h… Or, une cousine éloignée s’est amusée de notre ignorance des lieux et nous a caché qu’en fait il nous fallait 2h30 pour monter et autant pour redescendre…

Nous avons assez vite deviné que la rando serait beaucoup plus longue qu’annoncée, et perso, je m’en fichait, j’aime bien marcher… mais… j’aime beaucoup moins bien marcher à côté d’un ours muet, dénué de tout geste tendre, qui marche sans se retourner, sans aucuns commentaires sur les alentours…

 

Que faisait on ici ? …. Tout, sauf une rando….

Une rando c’est censée être une agréable découverte des alentours, un partage, une communion avec la nature… tout, sauf aller d’un point A à un point B en gérant les arrêts de façon un tantinet autoritaire…

 

J’ai tenté des rapprochements, me servant du comique de la situation d’avoir perdu notre réserve d’eau, pour sortir de ce pesant silence qu’il imposait…

Et, une fois de plus j’ai été déçue : ho, il n’avait rien contre sortir du silence, mais pour aller direct à quelque chose de plus sexuel, en ne passant surtout pas par la case « tendresse et communication »…

 

Le brouillard s’intensifiait dans mon esprit…

Il avait l’art et la manière de contrôler (pas de façon préméditée, c’est juste une façon naturelle d’être, chez lui…) l’atmosphère qui entourait notre relation…

 

Donc, plongée dans ce brouillard, je tente de démêler mes pensées toutes plus contradictoires les unes que les autres… Et… j’en oubliais les dangers des UV…

 

Lorsqu’en soirée nous prenons le traditionnel verre, je commence à avoir des nausées et vertiges… verdict : coups de soleils profonds et petite insolation…

Prince-Pas-Charmant dégaine sa panoplie de sauveur : et hop, il court à la pharmacie pour me trouver une crème qui soulage ET qui est bio (rapport à mes idéologies -dont il se fout pour les repas-), et hop il m’en met délicatement et deux fois dans la soirée, et hop il s’enquiert de savoir si je vais être bien pour dormir…

 

Bref… de quoi je me plains ? Il est charmant ce prince !.... Et même il joue au psy : "si tu t'es pas mis de crème solaire, c'est parce que tu avais envie que je m'occupe de toi..."


[
Et le voilà encore dominant : impossible à présent d'évoquer son "mutisme" pendant la rando, ou mes paroles ressembleraient à un aveu de desir d'attention...  Décidement il est fort !]

 

Et c’est vrai que j’ai très mal dormi… m’apercevant ainsi que : lui aussi pour la deuxième nuit…

Au réveil, je trouve les mots et le ton qui le mettent en confiance afin de le questionner sur ce qui le tracasse…

 

MÔssieur se sent de trop chez son cousin… !!!

-         Quoi ? Mais il est super content que tu sois là ! c’est un honneur pour lui de nous recevoir, ça crève les yeux !!!

-         … oui… Mais…

-         Mais quoi ?

-         Il y a cinq ans, je suis venu avec les enfants… et, une tante qui n’habite pas ici, a apprit que je dormais chez untel et unetelle… alors, elle m’a appelé pour me dire que j’avais rien à faire ici, que je dérangeais…

-         … tu parles de ta tante qui n’a plus toute sa raison ? celle qui s’est montré autoritaire envers toi et tes sœurs lorsque vous étiez petits, vous jugeant sans respecter vos modes de vie ?

-         Oui…

-         Mais, t’as accordé de l’importance à ses sautes d’humeur et son ennuie qu’elle trompait en se mêlant de ce qui ne la regardait pas ?... mais… en plus ça fait cinq ans de cela ! et  non seulement ton cousin ne semble pas se souvenir de cette d’embrouille, mais plutôt heureux de nous avoir comme invités…

-         Oui, mais je me sens comme un étranger, j’ai toujours peur de ne pas être à ma place…

 

Tout à coup, le vernis pour lequel il se donne tant de mal… brillait beaucoup moins…

Le baroudeur qui soit disant s’adapte à tout nouvel environnement, resterait bloqué pendant cinq ans, sur l’appel d’une tante façon « tatie Danièle » ?…

 

Ça contredisait un peu trop ses discours… quelque chose clochait…

 

Et si c’était tout simplement le fait, qu’ici, il ne brille pas comme il le souhaiterait ? Parce qu’ici, les gens sont simples, attentionnés, prévenant… Intuitifs aussi ?.........

Est-ce qu’il « sentirait » que ses discours habituels n’ont pas de places ici ?

 

C’est vrai qu’à plusieurs reprises, sa mère, ses cousins, ses cousines, lui ont fait remarquer  -ma présence-… non pas qu’ils pensaient qu’il oubliait que j’étais là, mais, ils ont par contre surement vu la différence entre ses discours d’amoureux transit et le fait que par exemple il laisse passer une bonne heure de discussion en espagnol… sans me traduire un seul mot… ou comment isoler une personne sans en avoir l’air…

 

Un soir, alors que nous prenions un verre en compagnie de son cousin et sa femme, et qu’il était partit dans le récit de ses péripéties Guyanaises et ses malheurs d’homme dont l’ex épouse a éloignée de lui ses enfants…

La femme de son cousin, lui fait remarquer que, s’il parle en espagnol toute la soirée, c’est pas très sympa pour moi…

Prince-Pas-Charmant commence alors à me traduire la conversation de son récit, en temps réel…

Et sa cousine -empathique et attentionnée- revient à la charge, en lui demandant de me traduire des questions sur ma vie, dans le but non caché de mieux me connaitre, de me faire participer à la conversation…

J’ai senti un moment de flottement chez Prince-Pas-Charmant… comme s’il était pas très à l’aise qu’on lui fasse remarquer que son attitude était peu courtoise envers moi… celle qu’il dit « aimer »…

 

Il se rattrape donc… et l’alcool a colmaté les brèches de cette singulière soirée…

 

Les situations ahurissantes s’emmagasinent d’elles-mêmes… et j'ignorais que ce n'était qu’un début…

 

La veille de notre départ de Léon, nous avons finalement trouvé un club de canyoning et, réservé également nos billets pour la Sagrada Familia…

 

J’étais enchantée de refaire du canyoning… la dernière fois c’était avec mon compagnon de l’époque et malgré quelques frayeurs, j’en garde un très bon souvenir…

Mais, Prince-Pas-Charmant a des souvenirs encore meilleurs… parce que plus nombreux… le canyoning, il connait et bien (qu’est-ce qu’il ne connait pas d’ailleurs ? Rien ! Ainsi on l’admire d’autant plus….) et, il ne perd pas une occasion de critiquer et faire sentir sa déceptionLe parcours n’est pas assez périlleux à son gout (et vas-y que j’te raconte comment s’était mieux ce que j’ai fais avant), les sauts n’étaient pas fait d’assez haut, le pique-nique était pas assez…, le groupe comportait des enfants ( !), le départ n’était pas à l’heure…

 

Bref, l’art et la manière de pourrir un bon moment…

 

Moi, pauvre bougresse, je n’ai rien trouvé de mieux à faire que je régler la journée sans qu’on fasse le point sur nos dépenses respectives afin que le coût des vacances soit équitable pour chacun…

Je crois qu’il le savait que le coût de cette journée déséquilibrait la balance de l’équité pour la répartition des factures…

 

Il a fait comme si de rien n’était (ou alors il est un peu crétin sur les bords…).

Et moi, j’ai naïvement cru qu’on ferait le point à notre retour…